PEYREBEILLE
Entre MAYRES et PEYREBEILLE, on ne voit pas
facilement les relations qui ont pu exister entre le coupe-gorge et Mayres,
distant de 20 km l'un de l'autre.
En effet au moins 2 relations ont existé.
Les bandits de Peyrebeille ont fait une victime à Mayres et ont traversé
le pays pour leur incarcération et pour leur châtiment. Ils ont
même passé la nuit .....
La victime faite à Mayres se nomme Claude Pagès, de Malbos. Il
se trouvait au marché de Pradelles le 25 octobre 1831, où il était
allé vendre des fruits. Il en partit vers le soir en compagnie d'un certain
Jean Moulin. A la nuit, les deux hommes se séparèrent tout près
de Mauvas, commune de La Vilatte.
Pagès suivit l'unique sentier conduisant à Peyrebeille; son intention
n'était de s'y arrêter d'ailleurs, mais de se rendre à Lanace.
C'était, jusqu'à l'auberge des époux Martin, un trajet
de trois quarts d'heure environ.
Il marchait seul depuis quelques minutes, quand il croisa avec trois individus
qui menaient par la bride un cheval, chargé d'un bien singulier fardeau.
L'odeur de l'objet était incommodante et ses contours dessinaient une
forme humaine. Une réflexion échappa à Pagès, assez
haut pour qu'il se mordit les lèvres de l'avoir formulée:
"Je crois, mon Dieu, que ces gens-là transportent un cadavre."
Des jurons entremêlés de menaces lui répondirent, puis à
l'instant même, deux des conducteurs se lancèrent à sa poursuite.
Il ne parvint à leur échapper qu'en se jetant à travers
champs et en courant à perdre haleine.
Si violente fut son émotion et si désespéré l'effort
qu'il demanda à ses muscles, qu'aussitôt passée la porte
de sa demeure, il s'affaissa comme une masse sur son lit et s'alita assez gravement
pour décéder, moins d'un mois après, exactement le 20 novembre.
Surpris de cette maladie inopinée, qui présenta, dès le
début, les plus alarmants symptômes, ses camarades et ses voisins
s'empressèrent de le visiter à une époque où ils
ne savaient rien encore de la disparition d'Enjoloras. C'était le corps
de ce dernier que Claude Pagès avait vu sur le cheval.
A Louis Astier, qui lui demandait la cause de son mal, Pagès répondit
en grand mystère: "Je voudrais bien te le dire, mais la moindre
indiscrétion peut te perdre. Songe que tu voyages. Ce serait t'exposer
à toutes sortes de désagréments, si tu venais à
divulguer mon secret, tandis que moi, dont la fin approche, je n'ai plus rien
à redouter.
Et comme l'ami insistait pour tout savoir, Pagès finit par lui avouer
l'affreuse rencontre. Puis tout bas, tout bas, il ajouta: "Martin et son
domestique Rochette étaient au nombre des convoyeurs. Je les ai parfaitement
reconnus et tous les deux m'ont poursuivi."
Arrêtés le 1novembre 1831, Martin
et Rochette son domestique, passèrent le lendemain à Mayres, escortés
par les brigades de gendarmerie de Lanarce et d'Aubenas. Marie Breysse ne fut
arrêtée que quelque temps après. Le 1 octobre 1833 ils y
repassaient, mais cette fois pour le châtiment suprême.
Ils partirent de Privas la veille, à 5 heures du matin, sur une charrette
à deux colliers, couverte de paille, escortés par la troupe de
gendarmerie et hués par la foule.
A Thueyts, les abbés Brethon et Chabal (vicaires de Privas), ne s'étaient
pas senti le courage d'aller plus loin; ils avaient laissé leur place
sur la charrette au curé de ce bourg, M. Bonnaure et à son vicaire
Froment. En cours de route, Martin et son domestique priaient; Marie Breysse,
couchée dans la charrette, poussait de longs gémissements.
"Le soleil était couché depuis déjà longtemps,
quand on arriva à Mayres. C'était la première étape.
Il y avait quinze que roulait la charrette, en ne s'arrêtant que pour
relayer et faire reposer l'escorte. On fit descendre les condamnés et
on les garda à vue dans deux salles de la mairie. C'est la première
maison à gauche en montant, après le pont du Chambon. Seule Marie
Breysse demanda à manger: "Cette journée, soupira-t-elle
a été plus amère que l'archourou. ( L'archourou est un
laurier de saveur fort désagréable)." Puis tous les trois
s'assoupirent pendant que les gendarmes et les fantassins bivouaquaient aux
alentours.
Le lendemain, 2 octobre, dès 5 heures du matin, on reprit l'ordre de
marche. Arrivés à La Chavade, le soleil se leva. Rochette se dépouilla
de son manteau et apercevant un pauvre garçon de sa connaissance, il
le lui tendit en disant: "Tiens, prends mon manteau, je n'en ai plus besoin,
et prie Dieu pour moi".
On arriva à Peyrebeille vers les onze heures, et bientôt après,
justice était faite. La tête de la femme tomba la première,
puis celle de Pierre Martin et enfin celle de Jean Rochette.