MAYRES viens du latin Matribus, aux Mères.
PERIODE GALLO-ROMAINE:
La population était peu dense: revêtue de peaux de bête avec
des capes ou manteaux gallo-romains, elle habitait des cavernes ou des huttes
recouvertes de mottes ou de genêts.
Le vieux Mayres - autrefois appelé Mayres tout simplement- formait la
principale agglomération: ailleurs ne se voyaient que des familles isolées.
Maîtres incontestés du pays, les Romains ou plutôt les mercantis
qui les suivaient, réduisirent en servitude la faible population de Mayres
et obligèrent les hommes à créer des prairies, des champs
et à exploiter les mines de plomb argentifère.
Lors des fouilles de 1904, ingénieurs et ouvriers constatèrent
que le principal filon avait été découvert et exploité
avec des moyens de fortune.
DE LA PERIODE GALLO-ROMAINE AU XIIème
SIECLE
Les premiers et les seuls vrais seigneurs du pays, que mentionne l'histoire,
sont les sires de Montlaur.
Ils tiraient leur nom d'une petite seigneurie située sur les hauts Plateaux,
non loin des sources de la Loire, près du village de Coucouron. Etablis
en ce lieu dès le XIè siècle, ils avaient su en faire le
point de départ d'une brillante fortune. Par leur habileté, leur
vaillance, ils s'étaient constitué un vaste domaine qui s'étendait
du Rhône à la Loire. Sur une partie du Velay, du Gévaudan
et du Vivarais, ils s'étaient acquis une autorité prépondérante:
les évêques de Viviers et les évêques du Puy, leurs
suzerains immédiats, devaient compter avec eux, de même que le
roi de France, haut suzerain éloigné. A ce domaine, il fallait
un chef-lieu bien choisi. Les Montlaur le fixèrent à Aubenas centre
important de vie économique, dès l'époque romaine, forte
position stratégique aux croisements des grandes voies de communication.
Ils y construisirent le premier château, sans doute au XIIè siècle.
Pour se rendre de Coucouron à Aubenas, les de Montlaur suivirent la voie
naturelle, l'Ardèche et Mayres. Aux approches de ce village, un point
stratégique attira leur attention, le mamelon de Saint-Médard,
inaccessible de partout, excepté du nord, et les engagea à y bâtir
une forteresse pour protéger la vallée et le bourg de Mayres,
leur propriété.
Cette forteresse d'abord ne comporta qu'une tour, la tour carrée du milieu,
avec des fossés et quelques cases ou habitations pour soldats.
Du reste, un coup d'il rapide, jeté sur les ruines du château
de Mayres, donne l'impression qu'il n'a jamais présenté de grandes
dimensions, ni abrité les De Montlaur et que, sauf aux époques
de danger, où les habitants des environs venaient y chercher un abri
ou y former le guet, il n'a servi de demeure qu'à une escouade, c'est
à dire à un sergent et à vingt hommes.
La tour du milieu, que nous pourrions appeler le donjon, possède des
murs de 1,15 m d'épaisseur, à l'intérieur elle mesure 2,75m
sur 3,4m. Au nord-est, se voit encore, la porte romane, surélevée
de trois ou quatre mètres au-dessus du sol. Aucun pont-levis n'en facilitait
l'accès, seule une échelle retirée ensuite à l'intérieur,
en permettait l'ascension aux défenseurs. Haute aujourd'hui seulement
de neuf à dix mètres, cette tour mesurait autrefois davantage
et des lauses ou du chaume lui fournissaient une toiture. Des trous de poutres,
pratiqués dans les murs, laissent supposer des étages superposés.
Sur chaque face, à cinq mètres du sol et, d'étage en étage,
des meurtrières en permettaient la défense. Deux fossés,
au nord et au midi, creusés dans le roc vif, assez profonds et assez
larges, complétaient le système primitif de défense.
De facture plus récente, deux tours d'angle, aux deux tiers rasées,
se voient au nord et au sud-est.
La tour du nord donne comme dimensions: épaisseur des murs 1,25m, hauteur
2m, mesures intérieures 3,25m × 2,15 m; le côté sud,
tout ouvert, ne présente pas de trace de bâtisse, on semble toutefois
remarquer sur les murs est et ouest des pierres d'attente qui indiqueraient
un travail inachevé; une meurtrière apparaît au nord-est.
Distante de 50 à 60 mètres environ de la tour principale, se voit
au
midi-est une autre bâtisse épaisse, rectangulaire, mesurant à
l'intérieur 5m × 8m, dite Cimetière, mais tour d'angle à
notre avis. Les murs en effet, présentent l'épaisseur de ceux
d'une tour et des trous à mosquet s'y trouvent percés.
Ajoutons à cela une citerne située tout à fait au sud,
un mur d'enceinte fortifié peut-être par des lices ou palissades,
quelques saillants, quelques redans, un corps de logis pour troupes, une chapelle
dédié à Saint-Médard et avec le donjon et les deux
tours d'angle, on aura une idée assez juste du château de Mayres
au moment de sa splendeur.
DU XIIè A LA REVOLUTION
Dans l'ancien régime le paysan paie au roi la taille
au clergé la dîme
au seigneur la cense.
A cette époque, Mayres n'était desservi que par un chemin muletier
passant au Travers, à Malbos, au Claux, au Chazalet, à Saint-Martin
au-dessous du Chambon, à Conges et gagnant la chapelle Saint-Philibert
par Astet et La Chavade. Le chemin qui de Thueyts montait sur Chaumienne présentait
une toute autre importance et se trouvait bien plus suivi. Courant du reste
sur les crêtes et offrant moins de retraite aux malfaiteurs, il tranquillisait
le voyageur.
A Chaumienne existait une buvette pour les muletiers; des logis à boire
et à manger jalonnaient également le chemin de Mayres à
Astet; près de Malbos et à Astet. Ces auberges, payant une redevance
au seigneur, avaient seules le droit de fournir aux passants vin et nourriture.
Si nos pays s'approvisionnaient facilement en vin, il n'en était pas
toujours de même pour les grains et les étoffes: dès lors
chaque contrée devait songer à se suffire. C'est pour cela qu'à
Mayres la culture du seigle tenait de grandes étendues. Chaque maison
avait son chanabier (champ où se cultivait le chanvre), son jardin à
légumes, mais ensuite presque tout le reste était ensemencé
en seigle d'abord et en raves ensuite. La pomme de terre, presque inconnue ou
mal acclimatée, prenait peu de terrain. Quand venait l'été,
toutes les côtes de Mayres étagées en terrasses, à
droite et à gauche, jaunissaient et produisaient un bon et excellent
seigle. Les issarts, pratiqués en grand, ajoutaient au rendement. Sur
les terrains de montagne, on lève mottes et genêts, que l'on brûle
ensuite: la cendre produite fournit l'engrais. Sur ce terrain, ainsi nettoyé
et fumé, on ensemence du seigle.
Ainsi le pays récoltait à peu près le blé nécessaire
à la population: ce qui manquait venait des hauts plateaux.
Les noyers, nombreux et superbes, fournissaient l'huile du ménage; on
n'a jamais dû songer à en tirer de la faine, le fruit du hêtre.
Cette huile était conservée dans de grosses auges en granit munies
d'un couvercle en bois.
Le cadis et la toile comptaient parmi les principales étoffes: de la
toile on tirait les draps de lit et les chemises, et du cadis les habits de
dessus; tant pour les hommes que pour les femmes. L'aïeule, la mère
et les jeunes filles filaient cette toile et ce cadis aux veillées, durant
la garde des troupeaux et dans les moments libres. Quenouille ou rouet fonctionnaient
selon que la fileuse travaillait dehors ou à la maison.
Nombreux à l'époque, les tisserands terminaient le travail de
la quenouille. Au sortir des mains du tisserand, le cadis ou le drap réclamaient
le foulage. "Primitivement, le foulage se faisait en piétinant l'étoffe
chiffonnée, de la même façon que le vigneron piétine
sa cuvée de vendange. L'auge qui tenait lieu de fouloir était
remplie d'eau savonneuse ou additionnée d'une certaine argile dite terre
à foulon. Mais de bonne heure les montagnards du Vivarais songèrent
à tirer parti de ce que nous appelons aujourd'hui les forces hydrauliques,
ils avaient des moulins à blé ou à huile. Ils les adaptèrent
à d'autres usages et notamment ils y annexèrent des roues pareuses
munies de pilons verticaux et de maillets cannelés. Ce fut un grand progrès
que de substituer au travail de la main le travail hydraulique."
Du XVè siècle à la Révolution, c'est le beau temps:
le paysan vit heureux en famille et en paix avec ses voisins.
La politique n'a pas produit ses effets désastreux, c'est à dire
semer la division.